Suite à la lecture en à peine trois heures des Tribulations d'une caissière d'Anna Sam, j'ai eu envie d'écrire à sa manière mon travail de surveillant de devoirs sur table (DST)
Ce samedi matin : DST de Maths. Ça veut dire que je ne peux même pas m'amuser à essayer de faire les exercices proposés. Encore, quand il y a du français, de l'anglais, de l'histoire-géo ou même de la philo, je jette un coup d'½il mais des maths !...
Du coup, je me replie sur les livres que j'ai apporté. Mais en même temps, j'observe les élèves penchés sur leurs copies. Certains n'ont vraiment pas de chance des le début de l'épreuve. L'un des garçons commence par ne plus avoir d'encre pour son stylo plume. Quelques trente minutes plus tard, c'est son critérium qui le lâche. Alors forcément ça prête à sourire.
Il y a ceux qui pose quasiment toute l'épreuve à regarder ailleurs et qui arrivent à rendre une copie double dûment remplie à la fin.
En revanche, d'autres ont posé leur stylo sur la feuille au début de l'épreuve et carburent pour finir en demandant encore un peu plus de temps pour écrire la dernière phrase.
Il y a ceux qui cherchent de l'aide autour d'eux et qui, en croisant le regard du surveillant (ou de la surveillante que je suis), semblent soudain très concentrés par leur copie.
Il y en a toujours plusieurs auxquels il manque quelque chose : une copie, un effaceur, et, selon les épreuves, une règle Minerva, des crayons de couleurs, du papier millimétré ou encore une calculatrice.
En hiver ou au début du printemps, certains manquent ou oublient leurs paquets de mouchoirs ; pourtant, bien utiles.
Et puis, parallèlement, il y a les problèmes rencontrés par le surveillant lui-même : contrôler ses bruits de ventre quand le petit-déjeuner a été plus que rapide : trois heures voire quatre (c'est long !) ; parvenir à distribuer les feuilles assez vite sans en donner deux à un même élève voir sans se tromper de classe et de matière quand c'est le cas ; soigner son apparence, son attitude quand on est connue parce que de la famille occupe encore les lieux. Ce dernier cas me concerne puisque ma s½ur est encore dans l'établissement.
J'ai passé des DST avant ceux que je surveille maintenant, je sais donc ce que racontent les jeunes une fois sortis, hormis de l'épreuve et de ses difficultés.
« Eh ! C'est la s½ur de Untel ou Unetelle qui m'a surveillée et... » et le « et » peut s'avérer très bon comme très mauvais.
Oh ! Je remercie le jeune homme qui vient de lever la main, j'ai oublié ceux qui ont toujours quelque chose à aller chercher dans leur sac (ici, un compas). Tient par la même occasion je vais évoquer ceux qui apportent en victuailles de quoi tenir un siège ! Je me rappelle très bien d'un qui avait apporté un nombre impressionnant de Kinder Maxi et qui s'amusait à en faire une tour tandis que je distribuais les feuilles (avec application bien sûr).
Quand on voit des choses comme ça, on ne peut pas s'empêcher de sourire. Et puis à chaque début d'épreuve avec une pointe de sadisme et un nuage de compassion, je souhaite « bonne chance » à l'assemblée qui souffle un « merci » dans un soupir attristé.
J'en viens maintenant à un passage important : le coup de barre ! Il survient toujours entre dix heures et onze heures (pour les épreuves de trois heures), entre neuf heures et onze heures (pour les épreuves de quatre heures). Et ça c'est le moment critique de la matinée. Celui où les secondes deviennent des minutes, où tu vois les élèves s'étirer, bâiller, regarder leurs camarades en espérant y voir de l'aide ou la même fatigue.
C'est à cet instant que toi, surveillant(e), tu pries pour ne pas t'effondrer sur ce que tu es en train de faire, pour ne pas montrer un signe de faiblesse qui permettrait aux élèves, tous fatigués qu'ils sont, de tricher ou du moins de tenter.
C'est là que tu espères que l'un des élèves ait oublié quelque chose dans son sac, ait besoin de quelque chose (cartouches, effaceurs, gommes, mouchoirs, n'importe quoi fera l'affaire), ait une envie pressante, bref te demande un minimum d'attention avant que tu n'affiches un encéphalogramme plus plat que plat.
Ah ! Ah ! Un passage au petit coin est demandée ! Mon coup de barre vient de rencontrer une résistance ! Un bip sur l'encéphalogramme !
A noter que, bien évidemment, c'est au moment du coup de barre que le surveillant professionnel chargé des DST passe dans le couloir et te voit en lutte active (...ou pas) contre la chute des paupières.
A cet instant précis, tu te dis que plus personne ne voudra te voir le samedi suivant. Toi aussi d'ailleurs tu pries pour ne pas être là le samedi suivant, enfin pas dans cet état « coup de barre ». Et puis, en milieu de semaine, mercredi ou jeudi, on t'appelle pour travailler et, malgré tous les facteurs précédents, tu acceptes parce que tu te dis qu'un petit peu de sous pour la semaine fera du bien. Néanmoins tu te jures de tout faire pour remédier au coup de barre qui viendra quand même. Sans compter que chaque samedi est plein de surprises comme ce garçon qui avait utilisé sa table comme brouillon pour ne pas gâcher des feuilles pouvant lui servir pour l'épreuve elle-même.